Alerte amphibien

Le champignon parasite Batrachochytrium dendrobatidis

Le programme européen RACE (https://www.bd-maps.eu/) à permis de faire fortement avancer la connaissance sur la répartition du champignon Batrachochytium dendrobatidis (Bd) en Europe et en France, responsable de la chytridiomycose. Sur notre territoire métropolitain, de très nombreuses structures (Parcs nationaux et régionaux, réserves, conservatoires, départements, ONG, entreprises privées) se sont impliqués pour la réalisation des prélèvements de terrain et/ou le financement des analyses.

Les résultats montrent que Bd est présent dans toutes les régions de France, avec une occurrence globale de 32 % et une prévalence moyenne de 16 % dans les sites où il est observé. Bd est détecté sur la plupart des espèces (11 anoures et 7 urodèles) avec des prévalences très variées, allant de 16 % chez les grenouilles « vertes » à moins de 5 % chez la grenouille rousse, le crapaud commun et les tritons. Ces valeurs sont du même ordre de grandeur que celles observées à ce jour dans 9 autres pays d’Europe occidentale.

Les connaissances sur Bd apporte donc un tableau paradoxal, avec des régions du monde où sont observées des mortalités massives, et de nombreuses autres où Bd est largement répandu sans mortalité. Ce paradoxe se résout avec l’accumulation d’études de génétique de Bd originaires de différentes régions du monde et d’expériences d’inoculation sur de nombreuses Espèces : Il existe différentes lignées chez Bd, qui varient en virulence. La lignée Bd-GPL est responsable des mortalités observées en Amérique du Nord et Centrale, Australie, et Europe (dont les lacs des Pyrénées). ). Une lignée est identifiée pour la Suisse (Bd-CH), en Afrique du Sud (Bd-CAPE), en Amérique du Sud (Bd-Brazil) et en Asie. Le champignon parasite des amphibiens se présente donc sous la forme de nombreuses lignées réparties sur tous les continents, avec une coévolution hôte-parasite permettant le maintien de cette interaction. Le commerce des amphibiens (alimentation, recherche médicale) au cours du XXème siècle, aurait mis en contact des lignées de Bd : les amphibiens, récoltés sur des marchés en Asie ou dans des fermes d’élevage, comportent souvent des charges en zoospores de Bd importantes. Relâchées ou échappées dans la nature, elles ont favorisé le contact avec des lignées de Bd préexistantes et, ainsi, l’apparition d’une lignée recombinée hypervirulente (Bd-GPL). Ce scénario devrait être précisé avec l’accumulation de données sur la génétique des chytrides.

La découverte récente d’une autre espèce de Batrachochytium ….

Batrachochytium salamandrivorans (Bs) est une autre espèce de Chytrides qui infeste la Salamandre tachetée. Elle est très pathogène et aurait menée de nombreuses populations de Salamandre tachetée à l’extinction dans les Pays-Bas. Cette nouvelle espèce vient d’être observée en Belgique… Des tests d’inoculation de Bs sur des Alytes accoucheurs – connus pour être très sensibles à Bd – ont montré l’absence de pathogénicité de Bs sur ce crapaud… La haute pathogénicité de Bs sur la salamandre tachetée incite à la vigilance qu’en à l’apparition et la propagation de ce champignon.

La maladie Chytridiomycose

Certains amphibiens, comme la Grenouille taureau (Lithobates catesbeianus) et le Xénope lisse (Xenopus laevis) sont porteurs sains de Bd : Ils peuvent ainsi être de véritables réservoirs naturels de la maladie. À l’inverse, des espèces sont fortement sensibles à l’infection Bd est capable de causer un taux de létalité allant jusqu’à 100%. Cette pathogénicité varie également en fonction du stade de développement des individus infectés. Chez le têtard, qui possède de la kératine uniquement au niveau du disque oral, la chytridiomycose n’est pas mortelle et elle provoque seulement une dépigmentation des pièces buccales. Au cours du développement larvaire, l’infection gagne progressivement les membres antérieurs puis postérieurs et les individus nouvellement métamorphosés, dont l’épiderme est entièrement kératinisé, sont hautement sensibles à l’infection. Les signes cliniques observés sur les individus atteints de chytridiomycose (via Bd) sont des changements de comportements (léthargie, manque d’appétit), des troubles neuro¬logiques (perte de réflexes) et des lésions cutanées. Le spectre de lésions observées varie d’une ternissure et coloration inégale de la peau, à une hyper kératinisation, une succession excessive de mues et parfois à des ulcérations. Ces signes cliniques ne sont pas spécifiques à la chytridiomycose et ne permettent donc que de suspecter la présence de la maladie.

Les signes cliniques sur les salamandres atteintes par Bs sont une courte période d’anorexie, d’apathie et d’ataxie. Les individus infectés meurent dans les 7 jours. Des analyses montrent des érosions superficielles et des ulcérations profondes de l’épiderme sur l’ensemble du corps de l’individu infesté.

Des articles de synthèse sur la Chytridiomycose (Bulletin de la SHF, 2010) (Le Courrier de la Nature, 2013) Un protocole d’hygiène pour limiter sa propagation (voir PDF)